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Sarah Moyon prix scientifique ARSEP 2021

Interview avec la Dr Sarah MOYON (New-York)  – Lauréate du Prix de la meilleure communication orale courte lors du Congrès scientifique 2021.

 

Sarah Moyon - Chercheure SEP - ARSEP Prize 2021Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

J'ai commencé mon parcours en neurosciences à l'Ecole Normale Supérieure (ENS) d’Ulm et Paris 6. J'ai ensuite fait ma thèse à la Pitié-Salpêtrière, ICM, à Paris, dans le laboratoire de Catherine Lubetzki. La Fondation ARSEP a financé une partie de mon projet de thèse, en collaboration avec un laboratoire à Cambridge (UK) ainsi que ma 4ème année de thèse pour finir mon projet.

Je suis maintenant post-doc à l'ASRC-CUNY à New York depuis 2014, dans le laboratoire de Patrizia Casaccia. Je vais rejoindre NYU et le département de James Salzer en Juillet pour continuer mes recherches.

Depuis mon master, je travaille sur la sclérose en plaques, en particulier sur les oligodendrocytes, les cellules formant la gaine de myéline autour des neurones et qui sont endommagés dans cette maladie. 
Mon objectif est de comprendre comment ces cellules peuvent réparer des lésions, pourquoi leur efficacité diminue dans la sclérose en plaques ou avec l'âge, afin de pouvoir développer des stratégies pour les réactiver chez les patients.

 

Comment résumeriez-vous votre projet en quelques phrases ?

Mon dernier projet (récemment publie dans Nature communications) étudie le rôle d'une modification épigénétique dans la réactivation des oligodendrocytes pendant la remyélinisation. Cette modification est nécessaire pour activer la formation de nouvelle myéline après une lésion chez les sujets jeunes, mais elle est défective chez les sujets âgés, qui ne remyélinisent pas suffisamment. Le blocage de la modification épigénétique entraine une perte de la capacite de réparation des lésions chez les sujets jeunes, comme observé chez les sujets âgés.

Les modifications épigénétiques sont des régulateurs de l'expression de gènes. Nous avons combiné plusieurs analyses bio-informatiques pour identifier quels gènes sont normalement régulés et activés chez les sujets jeunes (ou la remyélinisation est efficace), mais pas chez les sujets âgés ou en l’absence de l’enzyme responsable de la modification épigénétique (où la remyélinisation est insuffisante). Nous avons pu identifier une protéine intéressante qui participe directement à la communication entre les oligodendrocytes et les neurones, et qui est nécessaire pour la myélinisation. Sans cette protéine, les oligodendrocytes n'arrivent pas à former de la myéline compacte autour des axones.

 

Quel(s) impact(s) votre projet aura/auront pour les personnes touchées par la maladie ? Dans combien de temps ?

En utilisant des outils et des modèles animaux où l’enzyme et la protéine sont absentes, cette étude a démontré l'effet activateur de l’enzyme dans les oligodendrocytes et le rôle de la protéine dans l'interaction neurone-oligodendrocyte.

Maintenant, nous développons des outils pour augmenter l'expression de de l’enzyme et de la protéine, et étudier si leur surexpression est suffisante pour augmenter la remyélinisation chez des animaux âgés. Si cela est confirmé, nous pourrons ensuite envisager une approche similaire pour les patients : induire l'expression de l’enzyme et/ou de la protéine pour favoriser la remyélinisation, et donc limiter la neurodégénérescence et les handicaps.

Nous en sommes encore à l'expérimentation animale, donc il faudra encore plusieurs années avant de potentiellement envisager une thérapie pour l'homme.

 

Vous avez reçu le prix de la meilleure communication orale courte, que représente pour vous ce prix ?

Je remercie la fondation ARSEP de m'avoir permis de présenter mes derniers travaux et de récompenser cette étude. Je participe aux congrès de l'ARSEP (presque) tous les ans depuis mon Master 2 dans le laboratoire du Pr Catherine Lubetzki. C'est toujours un plaisir de voir les différents chercheurs qui travaillent sur la Sclérose en Plaques et de partager nos derniers résultats.

Je suis ravie que notre étude ait plu à la communauté de chercheurs de l'ARSEP. J'ai maintenant hâte de continuer ce projet et de voir si nous pouvons favoriser la réparation myélinique en utilisant cette modification épigénétique.

Je voudrais aussi remercier mes collaborateurs qui ont été essentiels à l'accomplissement de ce projet.

 

Quel(s) message(s) voudriez-vous transmettre aux patients, proches, donateurs ?

L'ARSEP est une fondation essentielle pour les chercheurs de notre communauté et ce congres permet de discuter et présenter nos dernières avancées, de la recherche fondamentale (comme la mienne) au diagnostic, imagerie, et traitements cliniques.

Un grand merci aux donateurs qui permettent de financer la fondation et ces conférences, mais aussi de financer les projets via les appels à projets, bourses de thèse... et qui rendent notre travail possible.

Pour les patients et leurs proches, le diagnostic d'une SEP est encore difficile et sans traitement idéal pour le moment. Mais cette grande communauté de chercheurs et médecin-chercheurs est motivée et déterminée à en trouver la/les cause(s) et traitements.

 

Dernière mise à jour : 26/10/2021
Appelée SEP ou multiple sclerosis en anglais, la sclérose en plaques est une maladie neurologique qui détruit la gaine de myéline. Qu’elle soit de forme rémittente (à poussées) ou de forme progressive, il n’existe à ce jour aucun traitement curatif de cette affection. La Fondation ARSEP œuvre depuis 1969 avec ses bénévoles, aux côtés des facultés, de l’INSERM, du CNRS et de différents instituts de recherche médicale, dont l’ICM et Pasteur.